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En ce début d'année 93, une nouvelle secoua très faiblement le Paris des non initiés, dont moi. Le réaménagement du quartier Austerlitz, ce qui s'entendait alors comme la zone géographique située entre les voies de la gare d'Austerltiz et les quais de la Seine, allait impliquer la disparition de plusieurs rues, dont celle de la rue Watt. La disparition de nombre d'endroits moins spectaculaires, telle la rue Fulton ne souleva même pas le moindre des intérêts. La rue Watt, quoique infiniment excentrée et peu fréquentée, jouissait de part son tracé et une forme d'intemporalité où l'avait laissée sa position isolée, loin de tous commerces, d'une forme de notoriété discrète, d'une aura propre à sensibiliser à sa cause. De cause défendable, il ne s'en est, à ma connaissance, pas réellement formée. Le Spectacle est venu y pondre là, en ces journées de fin Mai, début Juin 1993, un de ses oeufs éphémères et infiniment inexistants qui sont de ses essences fondamentales. J'avais connu cette rue au gré de balades moroses et solitaires, de celles où on se cherche soi-même, en découvrant des lieux. L'avais aussi traversée en voiture un jour où m'étais égaré. Elle était vraiment un bout du monde pour qui ne connait pas parfaitement Paris et ses recoins.
J'y ai projeté mille pensées et rêveries.
J'y reviendrai en détails.

Inéluctable, le futur avance sur la rue Watt, telle une maladie certaine

La langue de béton de l'avenue de France l'a désormais atteinte.
Le gigantisme bétonant se déroule avec une fausse infinie patience éradiquant tout sur son chemin.
En dessous, c'est bouché et se racrapote, peu à peu.
Cet organisme poétique va bientôt disparaitre.
Au dessus, Melville (ici filmé et révélé subliment par A. S. Labarthe deux ans avant la mort du cinéaste de la rue Jenner (with Oboken in mind), et maladroitement exhumé par mes soins) calait sa caméra sur les voies de la petite ceinture, objectif dirigé vers la passerelle piétonne où Delon essuyait les balles d'un tueur à gages.
Ce même plan d'un jour de 1970 couvre d'un travelling - archéologiquement imprécis, profondeur de champ déséspérément absente - ce que fut cet incroyable endroit.
Encore quelques efforts, fossoyeurs
Encore quelques semaines, quelques mois ?... d'emprunts possibles (ce, le 8 mai 2004)...
Le 19ème siècle, ou une image, cède directement la place au 21ème
Un siècle est passé là, il n'en restera rien ! Poète ! Vos photos !
A l'angle central de la rue Watt, la rue de la croix Jarry était un autre extrême, ceinte de l'usine d'air comprimé, et des restes de la petite ceinture, dont une des voies était LA connexion vers la gare d'Austerlitz.
Un des deux derniers bastions de vie, modeste, éradicable, donc.
L'été dernier, en ce coin de quasi campagne, en les murs même des extérieurs ceinturant bienveillamment Paris vivaient encore cette communauté involontaire.
En novembre, fut-ce la canicule, la modernité ou la peur de cette bête approchante, il n'en restait plus que deux :
Les deux derniers occupants de cette rue, héros involontaires méritaient bien un hommage, page dont ils ne sauront peut-être jamais rien...
En avril (ou fut-ce en mars, j'y fus insufisamment attentif) ces fenêtres furent murées... là où quelques semaines plus tôt un des rares passants ou passagers du soir les voyait encore éclairés. Cette extravagante masure fantasme d'un Poe ou d'un Jean Ray laissé sur pied, à un mètre de laquelle deux rails avaient longtemps permis les plus improbables trajets, qui eurent amené un train des quais d'Austerlitz vers les entrepots des frères Tang, chemin encore pratiquable jusqu'au milieu des années 90, jusqu'à l'autre sortie de la Seine, se connectant alors aux voies filant vers Versailles, et même au métro via l'embranchement qui existe encore entre Balard et Desnouettes dans une des autres profondeurs ultimes de Paris...
Au N° 5, le dernier souvenir attaché à une incarnation précise
Plus rien qu'une ombre sous ces instruments à estropier.
Les dernières rails ont été enlevés, les ultimes poteaux sciés !

Alors il faudra s'échapper, trouver un chemin ou rêver du peu qu'il reste pour nous y aider Un ciel. Des nuages. Des murs bientôt abandonnés au spectacle. Des coins de verdure d'autant plus existants que sans raison administrative ou commerciale, d'être. Et donc condamnés.
(à suivre)

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Quelques image sont extraites du film qu'André S Labarthe consacra à Jean Pierre Melville.
Un immense film, qui tient du portrait, de l'analyse, du documentaire, d'une déclaration d'humanité commune, d'une confession de foi commune en la puissance du 7ème art, enfin de la tentative, ô combien fructueuse, de mélanger les genres pour faire oeuvre.